Rencontre avec Gaël Blanc, apiculteur en montagne

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Durant la dégustation des miels de Gaël Blanc à Coopaparis.

Venu des montagnes du Gévaudan pour nous offrir une dégustation de ses différents miels (châtaigne, bruyère, sapin, forêt…), Gaël a accepté de répondre à quelques questions pour les coopérateurs.

Bonjour Gaël, merci de nous accorder un moment. Si vous commenciez par me parler de vous : que faites-vous dans la vie, où habitez-vous ?

Je suis apiculteur en Lozère, au Malzieu. C’est un village dans le nord de la Lozère. J’ai des ruches autour de ce lieu, dans un rayon de 80 kilomètres.

Comment êtes-vous devenu apiculteur ?

Mon père était apiculteur, moi je ne m’y destinais pas forcément. J’ai travaillé, j’ai fait pas mal de petits boulots pendant une dizaine d’années, et puis finalement j’ai changé d’avis, mais un peu tard puisque mon père avait déjà pris sa retraite. Je me suis relancé après qu’il a arrêté. Ça fait dix ans.

Comment avez-vous appris ?

Quand j’étais ado, en travaillant avec lui.

Quel type d’apiculture pratiquez-vous ?

Je travaille seul, je vends en détail et pas en gros, je contrôle le processus de production du début à la fin et je vends principalement sur les marchés. J’essaie de vendre dans des petits magasins comme ici, mais de moins en moins car la production faiblit.

Comment gérez-vous vos ruches ? Êtes-vous itinérant ?

Oui, je transhume un petit peu, mais dans des zones assez restreintes. Contrairement à d’autres régions, les variations d’altitude sur une courte distance permettent d’avoir des miels de différents types, sans aller très loin.

Êtes-vous labélisé ?

Non, j’ai l’appellation montagne, mais le seul label, c’est agriculture biologique et je ne suis pas en bio. Je n’avais pas vraiment besoin, et l’attribution du label repose sur quelques points très précis. Il y a la zone de butinage, donc là moi je n’ai pas de problème, en montagne ça pourrait être labélisé en agriculture biologique. Après, il y a le choix des traitements anti-parasitaires, là aussi je suis bon. J’utilise les traitements qui sont recommandés en bio. Enfin, il y a le sucre pour nourrir les abeilles pendant l’hiver et là, il faut leur donner du sucre bio, je ne le fais pas.

Pourquoi ?

Il y a deux problèmes : en terme de prix, comme on est en montagne on a un hiver assez long, et ça fait une différence assez importante pour nous en coût de revient. Après, il y a la question de la provenance. Je suis globalement très favorable à l’agriculture biologique, comme la plupart des apiculteurs. Mais le sucre en agriculture bio est importé de pays très lointains, et c’est un peu contradictoire.

Mais c’est surtout une question d’hiver long. Comme je dois les nourrir plusieurs mois, ça augmente beaucoup le prix du produit.

Quelles abeilles avez-vous ?

J’ai plutôt de l’abeille noire, mais c’est compliqué. On n’a pas de contrôle sur les fécondations, les mâles peuvent faire 20 kilomètres… Ça tend vers l’abeille noire, mais c’est mélangé.

Pourquoi l’abeille noire ?

Elles sont un peu moins productives, un peu plus agressives, mais ça dépend des zones : c’est bien pour la montagne. Elles passent bien l’hiver, elles consomment un peu moins ce qui leur permet de passer les périodes difficiles. Ça marche bien sur les miellés locales.

Cueillez-vous vos essaims ?

Non, je fais mes propres essaims. C’est une technique basique : je choisis mes ruches sur lesquelles faire des essaims, si je vois une ruche qui fait plus d’essaims que de miel, j’essaie d’éviter ça en les séparant.

blanc2Quelle est la situation des abeilles en France en 2015 ?

L’année a été un peu meilleure, en tout cas dans ma zone, que la précédente. Au niveau de la récolte, c’était une bonne année. Au niveau de la mortalité, c’est assez stable (autour de 30 % de moyenne, un taux qui a doublé au cours des dernières années). Le climat était clément, localement ; nationalement il me semble que la production va tourner autour de 15 000 tonnes de miel, ce n’est pas du tout à la hauteur de la production antérieure. Il y a 20 ans, on en produisait 30 000 !

Quelles sont les causes de la surmortalité des abeilles ? Comment lutter contre ce phénomène ?

Il y a déjà une fragilité globale, qui est accentuée par certains facteurs, notamment les pesticides. Des produits qu’on ne maîtrise pas et qu’on peut retrouver dans des zones de campagne ou de montagne. Le rôle de ces pesticides est aujourd’hui certain. Il y en a toujours de nouveaux, on est toujours confronté à de nouveaux pesticides.

Il y a différents types de pesticides et d’insecticides. Il peut y en avoir dans l’élevage, qu’on utilise contre certains parasites. Il y a un moucheron, responsable de la fièvre catarrhale ovine, et les chambres locales d’agriculture ont émis une recommandation de traiter les bêtes, ce qui n’est pas vraiment efficace, en plus d’être nuisible aux abeilles.

Pour lutter, comme c’est invisible les techniques sont limitées. Je ne vais pas dans les zones d’agriculture, pour commencer. J’allais dans le Gard, plus au sud, pour hiverner. Comme c’est plus au sud, ça commence plus tôt, donc c’est intéressant pour avoir des ruches qui sont bien prêtes au moment de la floraison. Là j’ai arrêté parce qu’il y a beaucoup de vignes, et que les vignes sont traitées.

Est-ce que vous avez subi des pertes dans vos ruches ?

Je n’ai pas encore eu de grosse catastrophe comme certains de mes collègues qui ont eu 60 – 70 % de mortalité, voire plus.

Pour finir : qu’aimez-vous faire dans la vie ?

J’aime le cinéma et la lecture, le sport même si je n’en fais plus. Je jouais au foot, mais j’ai pris ma retraite !

Photos et propos recueillis par Romain Gaillard

Pour aller plus loin, lire dans Regards « La situation de l’apiculture en France est catastrophique » 

 

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